Donkey Kong (1981) : le jeu qui a fait naître Mario

Donkey Kong (1981) : le jeu qui a fait naître Mario

1376 mots | Temps de lecture : 6 minute(s)

En 1981, une simple borne d'arcade a changé le cours de l'histoire du jeu vidéo. Donkey Kong (même nom en version originale) n'était pourtant, au départ, qu'un pari désespéré pour écouler des machines invendues. Ce titre est devenu le berceau de Mario, alors baptisé « Jumpman », et le tout premier succès d'un jeune inconnu nommé Shigeru Miyamoto.

Retour sur le jeu fondateur qui a sauvé Nintendo de la faillite et posé les fondations de son règne sur les années 1980.

Sommaire


Une borne née d'un échec commercial

Au tournant des années 1980, Nintendo cherche à percer sur le marché américain très disputé des salles d'arcade. La firme mise gros sur Radar Scope, un jeu de tir sorti en 1980, et expédie des milliers de bornes vers les États-Unis en espérant reproduire son succès japonais.

Le pari tourne au fiasco outre-Atlantique : le jeu séduit peu, et près de 2 000 bornes de Radar Scope restent invendues, entassées dans un entrepôt de Nintendo of America. Plutôt que d'essuyer une perte sèche, le président Hiroshi Yamauchi ordonne de récupérer ce matériel en le convertissant avec un nouveau jeu.

C'est cette contrainte purement industrielle — recycler des armoires existantes — qui donne naissance à Donkey Kong. Le futur classique est donc, à l'origine, une opération de sauvetage financier autant qu'une création artistique.


Le tout premier jeu de Shigeru Miyamoto

Pour concevoir ce jeu de la dernière chance, Yamauchi confie le projet à un jeune employé encore inconnu : Shigeru Miyamoto. Formé au design industriel, il n'avait jamais dirigé la création d'un jeu vidéo — Donkey Kong est son tout premier.

Miyamoto n'est pas livré à lui-même : l'ingénieur chevronné Gunpei Yokoi, figure historique de la maison, supervise le projet et apporte l'expertise technique indispensable pour transformer les idées du débutant en code jouable sur une borne d'arcade.

Le résultat impose une idée neuve : un jeu de plateforme où le héros doit franchir des obstacles en sautant. Donkey Kong compte parmi les tout premiers du genre, et il est surtout le premier à faire du saut une mécanique centrale — une petite révolution pour l'époque.


Popeye, King Kong et La Belle et la Bête

À l'origine, Miyamoto voulait adapter Popeye : le marin y aurait sauvé Olive des griffes de la brute Bluto. Mais Nintendo n'obtient pas la licence à temps, ce qui oblige le concepteur à inventer ses propres personnages de toutes pièces.

Le trio Popeye / Bluto / Olive se mue alors en Jumpman, un gorille et une demoiselle. Pour le grand singe, Miyamoto puise dans King Kong, l'archétype du colosse enlevant une belle au sommet d'une structure.

Le scénario, lui, emprunte à La Belle et la Bête : une créature effrayante retient captive une jeune femme qu'un héros doit délivrer. De ce joyeux recyclage de mythes populaires naît l'une des intrigues les plus célèbres de l'histoire du jeu vidéo.


Jumpman, un charpentier devenu Mario

Le héros de Donkey Kong n'a d'abord pas de nom : on l'appelle simplement « Jumpman » (« l'homme qui saute »). Ce n'est pas encore le plombier moustachu que le monde entier connaît, mais un charpentier qui escalade un chantier pour secourir sa belle.

Nintendo of America le rebaptise bientôt Mario, en hommage à Mario Segale, le propriétaire des locaux américains de l'entreprise. La demoiselle, d'abord désignée sous le nom de « Lady », devient Pauline — un personnage que l'on recroisera bien des décennies plus tard dans Super Mario Odyssey.

Attention à ne pas tout confondre : Mario ne deviendra plombier que dans Mario Bros. (arcade, 1983), un jeu bien distinct de Super Mario Bros. (1985) qui, lui, lancera véritablement la saga sur la console NES.


D'où vient le nom « Donkey Kong » ?

Le nom du gorille est le fruit d'un savoureux malentendu. Miyamoto voulait exprimer l'idée d'un animal têtu et obstiné, et croyait — à tort — que le mot anglais « donkey » (âne) signifiait « têtu ».

Pour la seconde partie, il retient « Kong », une référence transparente à King Kong qui évoque immédiatement le gorille géant. Selon la légende, les employés de Nintendo of America ont d'abord trouvé le nom bancal, avant qu'il ne soit finalement validé au printemps 1981.

Ce titre improbable est depuis devenu l'une des marques les plus rentables du jeu vidéo, preuve qu'une simple erreur de traduction peut parfois écrire l'histoire.


Le triomphe qui a sauvé Nintendo

Le succès est immédiat et colossal. Environ 65 000 bornes s'écoulent au seul Japon, et les ventes dépassent les 130 000 machines en comptant les États-Unis — un véritable raz-de-marée pour un jeu né d'un stock invendu.

Ces revenus renflouent Nintendo, alors en difficulté financière, et propulsent la carrière de Miyamoto, futur père de Zelda et de la série Mario. Le jeu donne aussi naissance à toute une franchise Donkey Kong, toujours florissante aujourd'hui.

Détail savoureux pour les fans : dans la série Donkey Kong Country, « Donkey Kong » est présenté comme un titre héréditaire. Le gorille de la borne de 1981 y est rétroactivement identifié comme Cranky Kong, l'ancêtre grincheux du Donkey Kong moderne.


Donkey Kong (1981) en bref

Nom français Donkey Kong (jeu vidéo, 1981)
Nom anglais Donkey Kong
Nom japonais ドンキーコング (Donkī Kongu)
Sortie 9 juillet 1981 (Japon), août 1981 (Amérique du Nord)
Genre Jeu de plateforme (arcade)
Créateurs Shigeru Miyamoto (concepteur) et Gunpei Yokoi (ingénieur)
Héros « Jumpman », futur Mario (un charpentier)
Bornes vendues ~65 000 au Japon, plus de 130 000 au total

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FAQ

  • Donkey Kong (1981) est-il le premier jeu de Shigeru Miyamoto ?
    Oui. Donkey Kong est le tout premier jeu vidéo conçu par Shigeru Miyamoto, épaulé pour l'ingénierie par le vétéran de Nintendo Gunpei Yokoi.
  • Mario apparaît-il vraiment dans Donkey Kong (1981) ?
    Oui, mais sous le nom de « Jumpman ». C'est la toute première apparition de Mario. Il y est charpentier, et non encore plombier, un métier qu'il n'endossera qu'avec Mario Bros. en 1983.
  • Pourquoi le jeu s'appelle-t-il Donkey Kong ?
    Miyamoto pensait à tort que le mot anglais « donkey » signifiait « têtu », et il y a ajouté « Kong » pour évoquer un gorille géant, à la manière de King Kong.
  • Pourquoi Nintendo a-t-il créé Donkey Kong ?
    Pour recycler environ 2 000 bornes invendues de Radar Scope, un échec commercial aux États-Unis, et éviter ainsi à Nintendo une lourde perte financière.
  • Qui est la demoiselle à sauver dans Donkey Kong ?
    Il s'agit de Pauline (nommée « Lady » à l'origine), enlevée par le gorille. On la retrouvera bien plus tard, adulte et maire de New Donk City, dans Super Mario Odyssey.
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