Photographie du film Super Mario Bros. de 1993, avec ses deux acteurs principaux

Super Mario Bros. (1993) : le Film fiasco devenu culte

1839 mots | Temps de lecture : 9 minute(s)

FilmCinémaBob Hoskins

Le tout premier film hollywoodien tiré d'un jeu vidéo — et un désastre assumé. Sorti le 28 mai 1993 aux États-Unis, réalisé par Rocky Morton et Annabel Jankel avec Bob Hoskins et John Leguizamo, le film troque le Royaume Champignon contre Dinohattan. Cette analyse raconte le tournage chaotique, les réécritures permanentes et la malédiction assumée par son acteur principal.

Sorti le 28 mai 1993 aux États-Unis, Super Mario Bros. — titre identique en version originale anglaise (Super Mario Bros.) — est le tout premier long métrage hollywoodien en prises de vues réelles adapté d'un jeu vidéo. Réalisé par le duo Rocky Morton et Annabel Jankel, il réunit sur le papier un casting prestigieux.

Fiasco critique et commercial retentissant à sa sortie, ce film longtemps rangé parmi les pires de l'histoire est pourtant devenu, avec les années, un authentique objet de culte. Retour sur un tournage cauchemardesque, un univers qui trahit les jeux et une malédiction assumée jusqu'au bout par son Mario, Bob Hoskins.

Sommaire


Le premier film hollywoodien tiré d'un jeu vidéo

Au début des années 1990, Nintendo triomphe dans le monde entier avec la saga Super Mario Bros. sur NES et Super NES, et le petit plombier moustachu est déjà une icône planétaire. Hollywood flaire le filon et se lance dans un pari totalement inédit : réaliser le premier long métrage adapté d'un jeu vidéo, distribué par Hollywood Pictures via Buena Vista. Personne, à l'époque, n'a encore transposé un jeu à cette échelle sur grand écran.

La réalisation est confiée au couple britannique Rocky Morton et Annabel Jankel, venus du clip et de la publicité et connus pour avoir créé le personnage télévisuel Max Headroom. Leur vision, sombre, satirique et très cyberpunk, va vite entrer en collision frontale avec les attentes d'un studio qui rêvait, lui, d'un divertissement familial coloré.

Le casting, sur le papier, a pourtant de quoi rassurer. Le rôle-titre revient à Bob Hoskins, acteur anglais révélé par « Qui veut la peau de Roger Rabbit », entouré de la jeune star montante John Leguizamo et du vétéran Dennis Hopper.

  • Bob Hoskins incarne Mario Mario, plombier bougon de Brooklyn.
  • John Leguizamo joue Luigi Mario, son jeune frère idéaliste.
  • Dennis Hopper campe le président Koopa, tyran de Dinohattan.
  • Samantha Mathis est Daisy, l'héritière du monde parallèle.

Dinohattan, un univers qui trahit les jeux

Oubliez le Royaume Champignon coloré et ses collines verdoyantes. Le film délocalise toute l'action à Dinohattan, une métropole dystopienne, crasseuse et néo-industrielle, dimension parallèle née, selon le scénario, d'une météorite qui aurait autrefois séparé le monde des dinosaures de celui des humains. On y patauge dans une ville sombre, éclairée au néon, à mille lieues de l'imagerie Nintendo.

Le grand méchant, lui, n'a plus rien de la tortue-dragon des jeux. Koopa devient un dictateur humanoïde à l'allure reptilienne, présenté comme un lointain descendant du tyrannosaure et obsédé par l'idée de fusionner les deux dimensions pour tout dominer. Bowser tel que les joueurs le connaissent n'apparaît jamais à l'écran.

Les clins d'oeil au jeu sont, au mieux, méconnaissables : les Goombas sont de grands sbires reptiliens surmontés d'une minuscule tête, des bottes à ressort remplacent les fameux sauts, et Yoshi se résume à un petit dinosaure animatronique plutôt réaliste. L'écart avec l'univers bon enfant de la licence est tout simplement total, ce que les fans reprocheront longtemps au film.

Illustration de conception de Dinohattan, mégapole sombre couverte d'enseignes
Dinohattan : une mégapole crasseuse et cyberpunk, aux antipodes du Royaume Champignon.

Un tournage chaotique et des réécritures permanentes

La production, elle, tourne rapidement au chaos. Jugeant le projet trop sombre, trop coûteux en effets et trop éloigné du public familial visé, les producteurs engagent de nouveaux scénaristes en plein tournage — sans prévenir ni les réalisateurs ni les acteurs déjà engagés — pour réécrire le script au jour le jour et l'adoucir.

Sur le plateau, ces réécritures quotidiennes sèment une confusion permanente : les comédiens découvrent parfois leurs répliques quelques minutes seulement avant de tourner la scène. Bob Hoskins et John Leguizamo raconteront plus tard avoir bu entre les prises, simplement pour supporter l'ambiance délétère du tournage.

L'expérience est aussi physiquement éprouvante. John Leguizamo aurait accidentellement cassé un doigt à Bob Hoskins en claquant la portière d'un véhicule du décor. Hoskins, qui assurait lui-même bon nombre de ses cascades, résumera son calvaire d'une formule restée célèbre : avoir été « poignardé quatre fois, électrocuté et avoir failli se noyer ».

Maquette de décor du film Super Mario Bros. de 1993
Des décors gigantesques bâtis pendant que le scénario se réécrivait chaque semaine.

Bob Hoskins et la malédiction assumée

Détail savoureux devenu légendaire : Bob Hoskins ignorait totalement que Super Mario Bros. était un jeu vidéo lorsqu'il a accepté le rôle. Il ne l'aurait appris que bien après avoir signé son contrat, en découvrant l'ampleur du phénomène auprès de son entourage.

L'acteur n'a jamais caché son dégoût du projet. En 2007, il qualifie l'expérience de « cauchemar », pointant du doigt un couple de réalisateurs dont, selon lui, « l'arrogance avait été prise pour du talent ». Le ton est donné.

En 2011, interrogé par le quotidien The Guardian, il enfonce définitivement le clou : à la question de son pire travail, puis de sa plus grande déception, puis de ce qu'il changerait dans sa vie, il répond à chaque fois, laconique, « Super Mario Bros. ». Une malédiction qu'il assumera avec un humour pince-sans-rire jusqu'à sa disparition en 2014.

Bob Hoskins, Samantha Mathis et John Leguizamo dans le film Super Mario Bros. de 1993
Bob Hoskins, Samantha Mathis et John Leguizamo : un trio qui n'a jamais caché ce qu'il pensait du tournage.

Un fiasco commercial devenu objet de culte

Les chiffres sont accablants. Pour un budget estimé entre 42 et 48 millions de dollars, le film n'en rapporte qu'environ 38,9 millions dans le monde entier : un gouffre financier doublé d'un échec critique cinglant, qui vaudra longtemps à l'oeuvre une place sur toutes les listes des pires films.

Et pourtant. Longtemps cité parmi les pires films jamais tournés, Super Mario Bros. a fini par connaître une seconde vie inattendue. Sa direction artistique délirante, son ton improbable et son statut de curiosité en ont fait un véritable film de culte, entretenu par une communauté de fans et d'archivistes réunis notamment autour du fameux « Morton Jankel Cut », version longue exhumée des années plus tard.

Surtout, ce désastre a durablement échaudé Nintendo, resté méfiant face à Hollywood pendant des décennies et soucieux de garder le contrôle créatif sur ses personnages. Il faudra attendre près de trente ans, et le film d'animation de 2023 coproduit avec le studio Illumination, pour voir Mario revenir triomphalement, et cette fois avec succès, sur grand écran.

Affiches de campagne « Élisez Koopa » placardées dans une rue de Dinohattan
L'imagerie dystopique du film — jusqu'aux affiches de campagne de Koopa — est devenue son principal argument culte.

Super Mario Bros. (1993) : la fiche du film

Titre Super Mario Bros. (1993)
Réalisation Rocky Morton et Annabel Jankel
Sortie (États-Unis) 28 mai 1993
Genre Aventure science-fantasy, prises de vues réelles
Rôles principaux Bob Hoskins, John Leguizamo, Dennis Hopper, Samantha Mathis
Budget estimé 42 à 48 millions de dollars
Recettes mondiales Environ 38,9 millions de dollars
Postérité Fiasco à sa sortie, devenu film culte

🍄 Envie de prolonger l'aventure ? Découvrez nos figurines Mario dans la boutique.


FAQ

  • Le film Super Mario Bros. de 1993 est-il un dessin animé ?
    Non. Celui de 1993 est un film en prises de vues réelles avec Bob Hoskins et John Leguizamo. Le film d'animation, coproduit avec Illumination, est sorti bien plus tard, en 2023, et ne doit pas être confondu avec lui.
  • Qui joue Mario dans le film de 1993 ?
    C'est l'acteur britannique Bob Hoskins. Fait amusant, il ignorait totalement que Super Mario Bros. était un jeu vidéo au moment d'accepter le rôle, et ne l'a découvert qu'après avoir signé.
  • Qu'est-ce que Dinohattan ?
    C'est le nom de l'univers inventé pour le film : une métropole dystopienne parallèle à New York, peuplée de descendants de dinosaures et dirigée par le président Koopa, incarné par Dennis Hopper.
  • Pourquoi le film est-il considéré comme un échec ?
    Pour un budget d'environ 42 à 48 millions de dollars, il n'a rapporté que 38,9 millions dans le monde, en plus de critiques désastreuses. Il figure régulièrement sur les listes des pires films jamais tournés.
  • Le film a-t-il retardé le retour de Mario au cinéma ?
    En grande partie, oui. Son échec a rendu Nintendo méfiant face aux adaptations et soucieux de garder le contrôle créatif. Il a fallu attendre près de trente ans, jusqu'au film d'animation de 2023, pour un nouveau long métrage.

Au-delà des consoles

Films, séries, musiques, parcs et records : notre guide suit Mario partout où il est sorti des jeux.

🎬 Mario au cinéma et dans la culture →
↑ Retour en haut
Retour au blog