Super Mario Bros. 2 : le Mario le plus étrange

Super Mario Bros. 2 : le Mario le plus étrange

1435 mots | Temps de lecture : 7 minute(s)

JeuSuper Mario Bros. 2Birdo

On n'y saute pas sur les ennemis : on les arrache du sol et on les jette. Sorti sur NES aux États-Unis le 9 octobre 1988 et en Europe le 28 avril 1989, Super Mario Bros. 2 est en réalité une adaptation de Yume Kōjō: Doki Doki Panic. Cette fiche explique pourquoi l'Occident a hérité d'un autre jeu, ses quatre héros aux pouvoirs distincts et son bestiaire devenu culte.

Super Mario Bros. 2 — le titre est resté identique en Europe comme aux États-Unis — est sans doute l'épisode le plus déroutant de toute la saga du plombier. Sorti sur NES, il ne ressemble à aucun autre Mario : on n'y saute pas sur les ennemis, on les soulève, on les jette, et l'on arrache des légumes en guise de munitions.

Son secret ? Ce n'était pas un Mario à l'origine. Le jeu est l'adaptation de Yume Kōjō: Doki Doki Panic, un titre japonais entièrement re-costumé aux couleurs du Royaume Champignon pour l'Occident.

Sommaire


Un Mario qui n'était pas un Mario

Pour comprendre l'étrangeté du jeu, il faut remonter à 1987. Cette année-là paraît au Japon Yume Kōjō: Doki Doki Panic, un titre développé par Nintendo mais pensé comme une opération publicitaire pour le salon multimédia « Yume Kōjō '87 » de la chaîne Fuji Television.

Il sort sur Famicom Disk System, le périphérique à disquettes de la console japonaise. Ses quatre héros sont les mascottes du salon : une famille de personnages sans aucun lien avec le plombier. Lorsque Nintendo cherche une suite exportable à Super Mario Bros., elle recouvre ce jeu d'une peinture Mario — nouveaux sprites, décors ajustés, ennemis rhabillés — pour en faire le Super Mario Bros. 2 occidental.

Ce tour de passe-passe explique bien des bizarreries : les niveaux à défilement vertical, l'absence de collecte de pièces à l'ancienne, ou ces portes vers un monde parallèle. Rien n'avait été pensé pour Mario au départ ; tout a été greffé après coup.


Pourquoi l'Occident a hérité d'un autre jeu

Le vrai deuxième épisode japonais n'a pourtant jamais disparu. Sorti en 1986 au Japon, il recycle le moteur du premier Super Mario Bros. mais en pousse la difficulté jusqu'à la frustration : sauts au pixel près, champignons empoisonnés et vents contraires piègent le joueur à chaque écran.

Nintendo of America l'a jugé trop ardu et trop proche du premier jeu pour un public américain encore novice sur NES. Plutôt que de fragiliser un marché en pleine reconstruction, l'éditeur a préféré convertir Doki Doki Panic. Le numéro 2 nippon n'arrivera en Occident qu'en 1993.

Le piège à éviter : il existe bel et bien deux « Super Mario Bros. 2 ». Celui que l'Europe a connu en 1989 est l'ex-Doki Doki Panic ; le « vrai » numéro 2 japonais, lui, correspond à The Lost Levels, ressorti dans la compilation Super Mario All-Stars.


Un gameplay à contre-courant

Manette en main, le contraste est saisissant. La mécanique fondatrice de la série — écraser l'ennemi d'un saut — ne fonctionne plus : on atterrit sur son dos, on le soulève au-dessus de la tête, puis on le projette sur un autre adversaire ou dans le vide.

  • On arrache des légumes jaillis du sol pour les lancer comme projectiles.
  • Le jeu se passe de Goombas comme de drapeau de fin, deux symboles pourtant fondateurs du premier opus.
  • Des potions magiques ouvrent une porte vers le Sous-espace, un monde inversé où glaner pièces et champignons de vie.
  • Les cerises et la clé poursuivie par le fantôme Phanto font aussi leurs débuts ici, tandis que le fameux bloc POW est hérité de l'arcade Mario Bros. (1983).
  • Les niveaux mêlent défilement horizontal et vertical, une liberté de mouvement alors inédite pour la saga.

Quatre héros aux pouvoirs distincts

Grande première pour la série : on choisit son héros parmi quatre, chacun doté d'un profil unique qui change la manière de franchir un niveau.

  • Mario : le plus polyvalent, un bon compromis en toutes circonstances.
  • Luigi : le saut le plus haut, parfait pour les plateformes éloignées, au prix d'un freinage glissant.
  • Peach — alors nommée Princess Toadstool en Occident — sait planer brièvement dans les airs.
  • Toad : le plus rapide et le plus vigoureux pour arracher légumes et ennemis, mais le sauteur le plus limité.

Un bestiaire devenu culte

Malgré ses origines détournées, Super Mario Bros. 2 a durablement enrichi la galaxie Mario. Plusieurs de ses créatures, inédites à sa sortie, sont depuis devenues des piliers de la série.

  • Birdo : le dinosaure rose cracheur d'œufs, promu mini-boss récurrent.
  • Maskass (Shy Guy en version anglaise) : le petit masqué en toge, aujourd'hui omniprésent dans les spin-off.
  • Ninji et Pokey : le bondissant noir et le cactus articulé, réapparus dans quantité d'épisodes.
  • L'autruche Ostro et le crapaud Wart, tyran de la contrée de Subcon, qui campe le boss final.

Un rêve, puis un héritage 16 bits

La conclusion réserve un ultime pied de nez : une fois Wart vaincu, Mario ouvre les yeux dans son lit. Toute l'épopée n'était qu'un rêve, une pirouette qui justifie a posteriori l'onirisme du monde traversé.

Longtemps taxé de « faux » Mario, l'épisode a fini par être pleinement intégré au canon de la série. Sa réédition en 16 bits dans Super Mario All-Stars (SNES, 1993), aux graphismes et à la bande-son refaits, l'a offert à une nouvelle génération de joueurs.

Le paradoxe est savoureux : ce Mario né d'un malentendu commercial compte parmi les plus influents de la saga, léguant des personnages et des mécaniques encore vivaces aujourd'hui.


Super Mario Bros. 2 en bref

Jeu d'origine Yume Kōjō: Doki Doki Panic (1987, Famicom Disk System)
Sortie NES (USA) 9 octobre 1988
Sortie Europe 28 avril 1989
Développeur / éditeur Nintendo
Personnages jouables Mario, Luigi, Peach, Toad
Boss final Wart, tyran de Subcon
Particularité Arracher des légumes, soulever et lancer les ennemis
Ressortie 16 bits Super Mario All-Stars (SNES, 1993)

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FAQ

  • Super Mario Bros. 2 est-il le vrai deuxième Mario japonais ?
    Non. Le SMB2 sorti en Occident est une adaptation de Doki Doki Panic. Le deuxième épisode japonais de 1986, jugé trop difficile, est arrivé plus tard sous le nom de The Lost Levels.
  • De quel jeu Super Mario Bros. 2 est-il tiré ?
    De Yume Kōjō: Doki Doki Panic, un jeu Famicom Disk System de 1987 conçu pour le salon Yume Kōjō de Fuji Television, dont Nintendo a rhabillé les personnages aux couleurs de Mario.
  • Qui sont les quatre personnages jouables ?
    Mario (équilibré), Luigi (le saut le plus haut), Peach qui peut planer, et Toad, le plus rapide et le plus fort pour soulever les ennemis mais au saut limité.
  • Qui est le boss final du jeu ?
    Wart, un crapaud tyran qui règne sur le monde onirique de Subcon. On le bat en lui lançant les légumes qu'il déteste, avant que Mario ne se réveille.
  • Où rejouer à Super Mario Bros. 2 aujourd'hui ?
    Via la compilation Super Mario All-Stars (SNES, 1993) en version 16 bits, ou par le catalogue NES de l'abonnement Nintendo Switch Online.
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