Niveau souterrain de New Super Mario Bros. Wii : quatre joueurs progressent entre blocs de glace et briques

Thème souterrain de Mario : l'art du silence de Kondo

1403 mots | Temps de lecture : 7 minute(s)

PersonnageKoji KondoMusique

Onze secondes de boucle, et une mesure volontairement impossible à compter. Né dans le Monde 1-2 de Super Mario Bros. en 1985, le thème souterrain de Koji Kondo est écrit en do dorien à environ 200 BPM. Cette analyse détaille sa philosophie de « l'espace entre les notes », sa basse venue du jazz-fusion et l'alternance 3/4 – 4/4 qui désoriente volontairement.

Dans la mythologie musicale de Super Mario Bros., une piste tranche par sa noirceur : le thème souterrain (« Underground BGM » ou « Underground Theme » en anglais), la ritournelle feutrée et un peu angoissante qui accompagne Mario sous la surface.

Signé Koji Kondo, ce court motif est né dans le Monde 1-2 du jeu original de 1985. Derrière sa simplicité apparente se cache une véritable leçon de composition : faire beaucoup avec presque rien.

Sommaire


Un thème né dans le Monde 1-2

Le thème souterrain apparaît pour la première fois dans le Monde 1-2 de Super Mario Bros., sorti au Japon en 1985 sur Famicom. C'est le tout premier moment où le joueur quitte le ciel bleu du Monde 1-1 pour descendre sous terre par un tuyau.

Là où le célèbre thème principal (« Ground BGM ») respire la joie bondissante, la version souterraine bascule dans une ambiance feutrée, presque inquiétante. Shigeru Miyamoto lui-même jugea l'accord entre la musique et le décor encore plus réussi que pour la surface.

Kondo ne disposait alors que de la puce sonore de la Famicom : quelques voies à peine, aucune place pour un orchestre. Cette contrainte matérielle a nourri, plutôt que bridé, son inventivité.


« L'espace entre les notes »

La signature du morceau tient dans une idée que Kondo a lui-même formulée : il s'est concentré sur « l'espace entre les notes ». Autrement dit, ce sont les silences autant que les notes qui font la musique.

  • Le thème emploie très peu de notes, espacées, qui laissent respirer le vide sonore.
  • Ce vide crée une tension : l'oreille attend la note suivante, jamais tout à fait rassurée.
  • Le résultat est une atmosphère souterraine et un peu sinistre, parfaite pour des couloirs sombres hérissés de tuyaux.

Cette économie de moyens est devenue une leçon de design sonore : au lieu de saturer l'oreille, Kondo suggère. Le minimalisme fait ici tout le travail d'ambiance.


Une basse venue du jazz-fusion

Sous ce minimalisme bat pourtant une basse funky très caractéristique. Les mélomanes la rapprochent souvent d'un morceau de jazz-fusion : « Let's Not Talk About It », tiré de l'album Friendship (1979) du groupe du même nom, réuni autour du guitariste Lee Ritenour.

Sur ce titre, la ligne de basse d'Abraham Laboriel présente une parenté troublante avec la pulsation souterraine de Mario. Kondo n'a jamais officiellement confirmé l'emprunt, mais la filiation jazz est régulièrement soulignée.

Cette influence rappelle que Kondo, loin de composer de simples jingles, puisait dans une culture musicale large, du jazz au funk, pour donner de la couleur à huit bits.


La mesure volontairement bancale

Le trait le plus fascinant du thème est son rythme instable. Dans la version d'origine, la mesure alterne entre 3/4 et 4/4, ce qui rend le morceau volontairement « difficile à compter ».

Ce déséquilibre n'est pas une maladresse : c'est un choix délibéré. En brouillant la pulsation, Kondo accentue le sentiment de désorientation propre aux souterrains.

À partir de Super Mario Bros. 3, le thème est réécrit entièrement en 4/4, plus carré, avec une percussion ajoutée dès l'introduction. Anecdote savoureuse : Kondo a confié ne plus se souvenir de la mesure bancale d'origine avant de la réarranger pour Super Mario Maker.


Anatomie d'une boucle de 11 secondes

Techniquement, le thème est d'une concision extrême. Il boucle en environ onze secondes, se répétant sans fin tant que le joueur explore les profondeurs.

  • Il est écrit en do dorien (C dorien), un mode proche du mineur mais à la sixte relevée, qui lui donne sa couleur ambiguë.
  • Son tempo tourne autour de 200 battements par minute, nerveux malgré l'ambiance étouffée.
  • Il ne possède pas de réelle harmonie soutenue : c'est le passage le plus sombre de toute la bande-son de Super Mario Bros.

Cette brièveté est une force : une boucle courte et marquante s'imprime durablement dans la mémoire, au point de devenir instantanément reconnaissable.


Un motif réarrangé à l'infini

Rares sont les thèmes de jeu vidéo aussi réutilisés. Depuis 1985, la musique souterraine a été reprise et réorchestrée dans des dizaines de titres.

  • Dans la série principale, de Super Mario Bros. 3 jusqu'à Super Mario Bros. Wonder, en passant par Super Mario Galaxy et Super Mario Odyssey.
  • En dehors, on la retrouve dans les Paper Mario, les Mario Party, les Mario Kart et les medleys de Super Smash Bros.
  • Elle a même résonné au cinéma dans Super Mario Bros., le film, preuve de son statut d'icône.

Versions techno, jazz, orchestrales ou chiptune : chaque époque réinvente ce court motif. Peu de onze secondes de musique auront autant marqué la culture populaire.

Niveau souterrain de Super Mario World, tuyaux et plantes carnivores
Chaque épisode réécrit le thème souterrain sans jamais en changer le motif.

Fiche technique : le thème souterrain

Compositeur Koji Kondo
Première apparition Monde 1-2, Super Mario Bros. (1985, Japon)
Nom anglais Underground BGM / Underground Theme
Tonalité Do dorien (C dorien)
Tempo Environ 200 BPM
Mesure d'origine 3/4 et 4/4 alternés
Longueur de boucle Environ 11 secondes
Réécriture en 4/4 À partir de Super Mario Bros. 3

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FAQ

  • Qui a composé le thème souterrain de Super Mario Bros. ?
    Koji Kondo, le compositeur maison de Nintendo, l'a écrit pour le jeu original. C'est lui qui signera aussi le célèbre thème principal du Monde 1-1.
  • Où entend-on ce thème pour la première fois ?
    Dans le Monde 1-2 de Super Mario Bros., sorti au Japon en 1985, au moment où Mario descend pour la première fois sous la surface par un tuyau.
  • Pourquoi la musique sonne-t-elle « bancale » ?
    Parce que sa mesure alterne entre 3/4 et 4/4 dans la version d'origine. Ce choix volontaire la rend difficile à compter et renforce l'ambiance désorientante des souterrains.
  • Quel est le lien avec le jazz ?
    Sa basse funky est souvent rapprochée de « Let's Not Talk About It », un morceau de jazz-fusion de l'album Friendship (1979). La parenté est soulignée par les mélomanes, sans confirmation officielle de Kondo.
  • Dans quels jeux a-t-il été réutilisé ?
    Dans des dizaines de titres, de Super Mario Bros. 3 à Super Mario Bros. Wonder, ainsi que dans Galaxy, Odyssey, Paper Mario, Mario Kart, Super Smash Bros. et même le film Super Mario Bros.

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